La France demande à l’Europe d’inclure le nucléaire dans sa stratégie H2

Selon le site Euractiv*, la ministre française chargée de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, a écrit à la Commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, pour lui demander d’intégrer le nucléaire dans les sources d’énergie pour la production de l’hydrogène dit « vert ».

Le site s’est procuré le courrier. Il s’agit d’une lettre de 5 pages, qui a été probablement transmise par la Commission pour organiser cette « fuite » (telle qu’elle est annoncée par Euractiv). On peut voir dans l’en-tête qu’elle a été rédigée le 10 septembre envoyée en copie aux DG Clima et Grow.

En introduction, Agnès Pannier-Runacher rappelle que la France a investi « près de 9 milliards d’euros dans le cadre du plan France 2030 et du plan de relance ». Elle en vient ensuite au fait, en avançant que « seul compte le contenu carbone de l’hydrogène produit et non le vecteur de production « . La ministre plaide donc pour la notion de « low carbon hydrogen », qui permet de « valoriser rapidement toutes nos capacités de production décarbonée, dans un principe de neutralité technologique ».

Mme Pannier-Runacher évoque ensuite le principe d’additionnalité**. Un principe qui « s’applique mal aux pays disposant d’un mix électrique déjà largement décarboné, où l’approvisionnement en électricité par le réseau doit être traité à parité avec des approvisionnements directs par des contrats avec des sources renouvelables ». Et pour cause : ce principe considère comme « vert » les mix électriques qui contiennent plus de 90% d’énergies renouvelables. La ministre demande que la Commission fasse également une dérogation pour les mix « largement décarbonés », comme celui de la France qui ne produit que 80 g de CO2/MWh. Et c’est à ce stade que l’on peut lire le terme « électricité d’origine nucléaire ». Au passage, le courrier déplore que Bruxelles réclame « l’absence de soutien public à la production d’électricité utilisée ». Un point que Mme Pannier-Runacher juge « contre-productif », eu égard « à l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique ». Elle y revient une deuxième fois un peu plus loin et considère que « ce n’est pas justifié ».

Par la suite, elle tacle les importations d’hydrogène, fustigeant des « risques substantiels de fuites ». Elle écrit aussi que le « bénéfice économique n’est pas acquis ».

Agnès Pannier-Runacher évoque juste après la directive sur les énergies renouvelables (REDIII), qui a été entre-temps adoptée par le Parlement Européen. Elle écrit que la non prise en compte de l’hydrogène bas carbone serait « pour les autorités françaises une solution extrêmement dégradée ».

Euractiv, qui se permet d’employer le terme « lobbying pro-nucléaire », a fait réagir le CEO d’Hydrogen Europe, Jorgo Chatzimarkakis. Lequel estime que la France fait « cavalier seul » et qu’elle s’installe dans une « position insulaire dangereuse ». Il dénonce par ailleurs l’entêtement de la France « à ne pas rendre son pays libre pour le flux d’hydrogène, par exemple de l’Espagne vers l’Allemagne ». C’est une référence au projet de gazoduc MidCat entre la France et l’Espagne, qui permettrait à terme de disposer de l’infrastructure nécessaire pour la circulation de l’hydrogène en Europe. Dans ces conditions, la France n’est « pas crédible pour le moment « , juge M. Chatzimarkakis.

*un réseau de médias paneuropéens indépendants spécialisés dans les politiques de l’Union européenne.

**principe qui « consiste à éviter la cannibalisation entre l’utilisation d’électricité verte destinée à la production d’hydrogène et les autres usages de l’électricité renouvelable », rappelle Euractiv

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A propos de l'auteur

Laurent Meillaud

Laurent Meillaud

Journaliste automobile depuis plus de 30 ans, suivant les évolutions technologiques, je m'intéresse aussi aux énergies alternatives, dont l'hydrogène que je suis depuis 20 ans. J'ai co-écrit un ouvrage à ce sujet en 2007 avec Pierre Beuzit, ancien patron de la R&D chez Renault. Je collabore également depuis 2016 à la newsletter de France Hydrogène.

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