Guyane : la centrale CEOG en voie de zadisation

Depuis le mois de novembre, les autochtones bloquent ce projet de centrale qui vise à produire de l’électricité. Ils disent ne pas avoir été consultés et veulent déplacer le site. Ce qui reviendrait à mettre fin au projet.

L’information était passée inaperçue en métropole. Il y a quelques mois encore, le gouvernement citait en exemple ce projet* (le plus grand au monde dans le genre), initié par HDF Energy. Sa mise en service était prévue mi 2024.

Dans un article, l’Usine Nouvelle fait le point sur la situation. Il est écrit que « des habitants autochtones du village Prospérité, rejoints par ceux d’autres nations amérindiennes, ont envahi le chantier de la Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG) à 2,6 kilomètres de leur village, où le bordelais HDF Energy commençait le défrichage pour construire le plus puissant parc solaire avec stockage hydrogène du monde ». Sous la pression de la population, les engins de défrichage ont dû repartir. Et depuis, le site est devenu « zone de résistance » sous le slogan « la forêt, c’est chez nous ». La population veut que la centrale, qui débute à 1,6 kilomètre du village, soit déplacée, affirmant n’avoir pas été consultée sur le sujet.

De son côté, l’opérateur se défend. Dans un communiqué visible sur son site, il soutient que « l’emplacement du projet CEOG déterminé en pleine concertation avec les autorités et les acteurs locaux était le seul à satisfaire l’ensemble des critères techniques et des règles d’urbanisme et environnementales ». Par ailleurs, il « respecte les zones de chasse et d’alimentation du village Prospérité et de ses habitants ». Le communiqué cite nommément le chef du village, qui a été consulté dès le début du projet et ne s’y est jamais opposé pendant 4 ans.

Le directeur de CEOG, Thierry Déau, semble dépité. Mettant en avant « une longue concertation », il affirme que « c’est une centrale propre, qui produira de l’électricité renouvelable et stable, et évitera des coupures intempestives, fréquentes dans l’Ouest guyanais, comme l’utilisation de nombreux groupes électrogènes hyper-polluants ».

France Guyane a consacré plusieurs articles sur ce dossier. On y apprend que le syndicat mixte d’énergie de Guyane est pour ce projet alors que le parti écologiste local est contre.

Rappelons que le projet visait à développer une centrale afin de produire une électricité stable, garantie et non polluante pour approvisionner toute l’année, de jour comme de nuit, l’équivalent de 10 000 foyers à un coût compétitif par rapport au coût de production actuel dans l’Ouest guyanais. Constituée d’un parc solaire photovoltaïque et d’une unité de stockage massif d’énergie sous forme d’hydrogène, elle ne devait consommer que du soleil et de l’eau et ne rejeter que de la vapeur d’eau.

Sur son site et ses réseaux, HDF Energy ne fait pas mention de ce blocage. L’entreprise, qui vient de célébrer ses 10 ans, « développe un portefeuille d’affaires de plus de 5 milliards d’euros à ce jour ».

*HDF est le concepteur des centrales Renewstable, son modèle phare, centrales multi-mégawatts produisant une électricité continue à partir d’énergies renouvelables intermittentes (éolien ou solaire) et d’un stockage massif d’énergie sous forme d’hydrogène vert généré sur place.

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à propos de l'auteur

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Laurent Meillaud

Journaliste automobile depuis plus de 30 ans, suivant les évolutions technologiques, je m'intéresse aussi aux énergies alternatives, dont l'hydrogène que je suis depuis 20 ans. J'ai co-écrit un ouvrage à ce sujet en 2007 avec Pierre Beuzit, ancien patron de la R&D chez Renault. Je collabore également depuis 2016 à la newsletter de France Hydrogène.

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