
Dans un entretien à Taxi News, le fondateur des taxis Hype règle ses comptes avec la filière de la mobilité hydrogène et Hysetco. Un discours très cash, alors qu’il a décidé de se réorienter vers le taxi électrique à batterie.
D’entrée de jeu, Mathieu Gardies évoque sa « sortie rapide de l’hydrogène du fait de l’effondrement progressif de la filière française de la mobilité hydrogène ». Et il dit n’avoir « aucun » regret. Il s’appuie d’ailleurs sur « le retrait de Stellantis (qui) n’a fait que confirmer ce que nous avons eu raison d’anticiper ». Le patron de Hype dénonce pêle-mêle « l’absence d’un calendrier cohérent entre le développement des véhicules, celui des infrastructures et le coût de la distribution », mais aussi des « contraintes d’usage importantes avec un nombre réduit de stations ».
L’entretien évoque aussi les relations conflictuelles avec Hysetco, qui sont devenues publiques depuis un article dans les Echos. « Nous nous défendons et faisons valoir nos droits, sans nous laisser impressionner », indique Mathieu Gardies. Il révèle au passage que la cour d’appel de Paris lui a donné raison sur la question du transfert des salariés dans le cadre de l’interruption par Hysetco des contrats de location-gérance. Il souligne que 160 chauffeurs ont vu leur contrat résilié « brutalement ».
Pour autant, Hype ne ferme pas la porte complètement à l’hydrogène. « Dans certains cas, pour les bus et les cars par exemple, nous poursuivons notre accompagnement de la métropole du Mans sur ce sujet », déclare Mathieu Gardies. Lequel espère que « les pouvoirs publics français et européens vont laisser le temps aux différents projets hydrogène de se réorganiser, plutôt que de balayer tous les efforts qui ont été déployés localement depuis dix ans ».
Pas d’avenir dans le véhicule particulier ? Cela reste à voir
Il se montre plus catégorique sur le véhicule particulier, sur lequel « il ne voit pas d’avenir dans les prochaines années ». Et il critique même Toyota, qui vise 600 taxis à Tokyo d’ici 2030 (le chiffre que Hype a atteint en 2020). « Dix ans après, ça tourne en rond », souligne Mathieu Gardies. Sur ce point, il faut toutefois rappeler que Hysetco dispose dans sa flotte de 800 véhicules à hydrogène. Et que ce chiffre est amené à croître, en dehors de Paris, en fonction des écosystèmes.
L’avis de Hydrogen Today : pour avoir suivi l’aventure de Hype depuis ses débuts, nous avons pu observer les points de friction avec les autres actionnaires de Hysetco, jusqu’à un divorce inéluctable. C’est pour cela que le fondateur dénonce « ceux qui pilotent la filière de la mobilité hydrogène en France, qui sont les leaders du pétrole, de l’hydrogène gris et de l’hybride ». On a bien compris qu’il parle de ses anciens coactionnaires que sont Total Energies, Air Liquide et Toyota. Et les difficultés économiques qui ont suivi, avec en prime le contentieux avec HRS, ont alimenté une véritable colère chez son fondateur.
L’analyse de Mathieu Gardies sur l’absence de « nouveaux produits » en Europe et en France est par contre inexacte. Hyundai lance cette année le nouveau Nexo et il y aura prochainement d’autres modèles, avec en 2028 les sorties prévues d’un SUV ix5 de BMW et au moins deux modèles de Toyota (Mirai et Hilux à l’hydrogène). Le même constructeur a aussi présenté des versions avec moteur à hydrogène à l’état de concept, et qui pourraient déboucher un jour sur une offre dans l’utilitaire. Enfin, n’oublions pas que Hyvia et Stellantis devaient lancer plusieurs VUL à hydrogène pendant l’année 2025.