L’éthanol : cet autre moyen de faire de l’hydrogène

En alternative à l’électrolyse de l’eau, il est également possible de produire de l’hydrogène à partir de biomasse (bois, chanvre). Une start-up franco-suisse, WattAnyWhere*, propose d’utiliser de l’éthanol et d’en faire un vecteur pour alimenter ensuite une pile de type SOFC et de générer du courant électrique pour alimenter des bornes de recharge rapide.

On parle beaucoup en ce moment de l’éthanol, qui est le carburant le moins cher du marché. Il intéresse de plus en plus de français, qui optent pour les véhicules ou les boîtiers FlexFuel. Plus surprenant, Nissan a même travaillé à un moment sur un projet de voiture à l’éthanol et qui pourrait produire du courant électrique au moyen d’une pile à combustible de type SOFC (à oxydes solides). Le rendement était deux fois supérieur (60 %) à celui du moteur thermique. Mais, le moteur à combustion est de toute façon voué à disparaître. La start-up WattAnyWhere veut prendre le problème autrement et utiliser ce carburant d’origine agricole** et renouvelable pour développer des applications stationnaires. C’est ainsi qu’elle a mis au point un système mobile, sous la forme d’un container, qui convertit l’éthanol issu de la biomasse en électricité de forte puissance pour la recharge rapide des véhicules électriques. Le projet est mené en collaboration avec l’EPFL, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.

Le grand intérêt est de pouvoir proposer de la recharge rapide sans être connecté au réseau électrique. Le constructeur General Motors souhaite d’ailleurs proposer ce type d’application avec un groupe électrogène à hydrogène. L’approche de WattAnyWhere est différente, car elle permet aux territoires de valoriser leur surface agricole et de produire localement une électricité décarbonée, tout en utilisant de l’hydrogène. Selon la start-up, grâce à la forte densité énergétique de l’éthanol et au rendement de la pile à combustible, on peut faire de la recharge ultra-rapide pour trois mille véhicules électriques avec seulement 30m3 d’éthanol ! Le générateur est ultra-silencieux, ne produit pas d’émissions polluantes et est opérationnel partout en un mois seulement. Modulable, il peut aussi être facilement installé. Le système, qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet, bénéficie des soutiens de la fondation The Ark à Sion (Suisse) et d’IncubAlliance à Paris, de Venture Kick. La start–up collabore avec l’EPFL, la HES-SO et l’ENSEA, ainsi qu’avec ses partenaires industriels Elcogen et Helbio.

Un premier démonstrateur sera présenté cet été. Il s’agira d’une preuve de concept de 350 W, aménagée dans le laboratoire de l’EPFL, incluant un algorithme de contrôle auto-optimisant et une efficacité accrue de la pile à combustible. Pour la suite, WattAnyWhere va étudier avec le FCLab de Belfort une architecture permettant de réaliser un container de 300 kW, permettant d’alimenter deux bornes de 150 kW, ou 6 bornes de 50 kW. L’activité commerciale devrait démarrer en 2023. La start-up visera d’abord les consommateurs d’énergie renouvelable pour la recharge rapide des véhicules électriques, engins de chantier et autres gros consommateurs d’électricité propre.

*fondée par Didier Roux et Alexandre Laybros

**issu de sous-produits de la culture de betterave, de paille de blé et d’autres résidus de l’industrie sucrière

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A propos de l'auteur

Laurent Meillaud

Laurent Meillaud

Journaliste automobile depuis plus de 30 ans, suivant les évolutions technologiques, je m'intéresse aussi aux énergies alternatives, dont l'hydrogène que je suis depuis 20 ans. J'ai co-écrit un ouvrage à ce sujet en 2007 avec Pierre Beuzit, ancien patron de la R&D chez Renault. Je collabore également depuis 2016 à la newsletter de France Hydrogène.

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