L’hydrogène naturel abordé aux Journées de Pau

Isabelle Moretti université de Pau hydrogène blanc

Aux Journées Hydrogène dans les Territoires à Pau, il est question aujourd’hui de l’hydrogène blanc. Nous avons rencontré la grande spécialiste du sujet, Isabelle Moretti, ex-directrice scientifique d’Engie et chercheuse à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Lors de l’ouverture de ces Journées, le maire de Pau, François Bayrou, avait été interrogé lors du point presse sur l’hydrogène blanc. Invité à réagir par rapport à un gisement supposé en Moselle, il avait alors répondu qu’on pouvait en trouver aussi en Nouvelle-Aquitaine. Et c’est ce que confirme le Dr Isabelle Moretti. Considérée comme l’une des meilleures expertes, cette chercheuse est également membre de Earth2 et vice-présidente du pole énergie de l’académie de technologies.

Des émanations découvertes par hasard

Jusqu’à une date récente, on disait que l’hydrogène n’existe pas à l’état naturel sur Terre. Mais, en fait si. Et le plus intéressant, c’est que son coût de revient n’est que de quelques dizaines de centimes par kilo. L’exemple le plus connu est celui du Mali, avec un puits exploité par la société Hydroma. « Le puits a été creusé à 100 m et la pression n’est jamais retombée », nous dit notre chercheuse. On sait depuis longtemps qu’il y a des émanations d’hydrogène au fond des océans, tout comme dans les régions montagneuses.

Comme l’explique Isabelle Moretti, « l’hydrogène naturel est produit par oxydo-réduction quand des roches riches en fer se retrouvent au contact de l’eau ». Et d’ajouter : « Les émanations ont été constatées en cherchant autre chose, comme de l’eau, du charbon ou des hydrocarbures ».

Plusieurs demandes de permis pour l’hydrogène blanc

Le sujet fait l’objet d’un regain d’intérêt depuis que la législation française reconnait, depuis 2022, l’hydrogène comme une ressource naturelle. C’est pour cela que plusieurs sociétés déposent des permis. Comme par exemple 45.8 Energy (qui cherche aussi de l’hélium) dans le Massif Central et le Jura, ou TBH2 Aquitaine à Pau. Mme Moretti précise que « des indices laissent à penser que des gisements puissent exister au nord des Pyrénées à Orthez, et au sud en Espagne sur le puits de Monzon ». « Tout comme dans les Alpes », indique notre experte. Plus récemment, la Française de l’Energie a annoncé un gisement en Lorraine.

Et en dehors des frontières ?

En dehors de la métropole, la Nouvelle-Calédonie représente peut-être un débouché intéressant. L’hydrogène naturel pourrait possiblement y représenter 15 % des besoins en énergie.

Il y a aussi des sociétés spécialisées à l’international comme Natural Hydrogen Energy qui a déposé un permis dans le Nebraska. Plusieurs pays comme la Namibie, le Brésil, l’Australie s’intéressent aussi à cet hydrogène blanc.

Les pétroliers et énergéticiens en embuscade

« Il est difficile d’estimer les gisements », reconnaît Isabelle Moretti. « Mais, qui sait, peut-être que l’hydrogène blanc représentera 10 % de la production d’hydrogène dans dix ans et bien plus après », pronostique-t-elle. Mais avant tout cela, il faudra identifier les gisements et exploiter des puits. S’ils ne le disent pas officiellement, les producteurs d’énergie (comme Engie) et les pétroliers regardent cette nouvelle source d’énergie. Et on n’a pas fini d’en parler.

Voir notre dernier article sur l’hydrogène naturel.

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à propos de l'auteur

Laurent Meillaud

Laurent Meillaud

Journaliste automobile depuis plus de 30 ans, suivant les évolutions technologiques, je m'intéresse aussi aux énergies alternatives, dont l'hydrogène que je suis depuis 20 ans. J'ai co-écrit un ouvrage à ce sujet en 2007 avec Pierre Beuzit, ancien patron de la R&D chez Renault. Je collabore également depuis 2016 à la newsletter de France Hydrogène.

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