« La France prend du retard sur l’Allemagne dans l’hydrogène » (Charles-Edouard Cambournac, Hyundai)

« La France prend du retard sur l’Allemagne dans l’hydrogène » (Charles-Edouard Cambournac, Hyundai)

Ce matin, Hyundai Hydrogen Mobility est venu présenter sa stratégie en matière de camions à hydrogène, lors d’une présentation sur la station Hympulsion de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Il entend développer son offre en France, mais le pays prend du retard, relève Charles-Edouard Cambournac, directeur général de la filiale en Allemagne.

Tout comme Toyota, Hyundai est un acteur très impliqué dans l’hydrogène. Et c’est le seul à proposer un camion H2 de série. Ils sont au nombre de 165 en Europe et ont parcouru en quelques années près de 22 millions de km. Le constructeur coréen relève que 70 000 véhicules à hydrogène circulent dans le monde, dont 35 000 camions (5 fois plus qu’en 2022). Plus d’infos en interview.

Quel était le message que vous vouliez délivrer ce matin à Lyon ?

« Ce que nous voulons, c’est montrer que la technologie est mature et qu’on peut arriver à une parité avec le Diesel. En France, on se concentrer sur 4 zones géographiques principales : la région Auvergne-Rhônes-Alpes, l’Occitanie, l’Ile-de-France et la Vendée. Et on est ravi d’apprendre que le Grand Est réfléchit à une écotaxe poids-lourds, dont les recettes vont financer la décarbonation du transport. Pour une fois, la France prend exemple sur les bonnes pratiques de l’Allemagne. La preuve de concept est établie avec l’hydrogène. Notre rôle est de sensibiliser les politiques afin de leur faire comprendre qu’il n’y a pas que le camion électrique à batterie ».

C’est pourtant la petite musique qu’on entend aujourd’hui…

« Et j’ai du mal à comprendre, pour être honnête. Il faut rappeler qu’en Europe, on ne maîtrise pas encore très bien les énergies renouvelables, d’où le shutdown au Portugal et en Espagne. A ce propos, si on avait eu des électrolyseurs en sortie de parc, on aurait pu convertir cette électricité en hydrogène, et réutiliser cette énergie dans le réseau. En fait, l’hydrogène est complémentaire de l’électrique. Il faut savoir qu’aujourd’hui, dans certaines zones comme en Hollande, et en Allemagne dans le land de Rhénanie, le réseau électrique arrive à saturation et on ne peut plus fournir d’énergie pour de la mobilité. Outre-Rhin, j’ai déjà des clients qui renoncent au véhicule à batterie car ils savent qu’ils n’auront pas de transformateur et de bornes de recharge pour les alimenter ».

Le réseau risque-t-il la paralysie ?

« Si on se projette à 2045, un horizon où 90 % des camions sont censés rouler en mode zéro émission, il y aura un impact très fort sur le réseau. Une étude récente de l’Université d’Aix la Chapelle pour l’union des transporteurs en Allemagne (DSLV Bundesverband Spedition und Logistik) a calculé qu’il faudrait 9 fois plus d’énergie électrique* pour le transport. Même s’il ne fallait doubler ou tripler cette part, on serait déjà confronté à un problème. On va arriver à une saturation ».

Et l’hydrogène serait donc une alternative…

« L’Allemagne a clairement identifié l’hydrogène comme un des leviers dans le cadre de son plan de décarbonation. Le pays vient d’ailleurs de lancer un troisième appel à projets avec des subventions pour un montant de 220 millions d’euros. Le plan vise à financer 40 stations et 300 camions à la clé. Et il faut que les deux soient associés, afin d’éviter le problème de l’oeuf et de la poule. En Allemagne, il existe déjà 60 stations pouvant accueillir des poids-lourds. L’objectif est donc de passer à une centaine. Mais, la demande est telle que les autorités ont reçu des dossiers pour 70 projets de stations et pour 450 camions. On entend même parler de 600 camions. Il est probable que l’Allemagne devra lancer un nouvel appel à projets en 2027 ».

La France devrait donc s’inspirer de l’Allemagne ?

« je note que l’Allemagne a mis en application toutes les textes européenns, comme l’acte sur le RFNBO (carburants renouvelables d’origine non biologique), ou encore la directive Red III (qui vise 42,5 % d’énergies renouvelables dans le mix européen d’ici 2030). Et H2 Mobility, qui est le plus grand acteur local de distribution, est capable de garantir sur 4 ans un prix de l’hydrogène à 8 euros le kilo. Par contre, en France, le mécanisme de soutien qui a pour nom l’IRICC (Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone des Carburants) n’est toujours pas implémenté. La priorité, c’est plutôt l’élection présidentielle de 2027 ».

Est-ce que d’autres pays font preuve de plus de dynamisme ?

« Oui, on surveille de très près l’Espagne et l’Italie, qui veulent développer des dizaines de stations. Et on commence à regarder la Pologne, qui commence à avoir des infrastructures d’hydrogène. Ce pays a le plus gros parc de poids-lourds, avec 1,3 million d’unités. Ce n’est pas à négliger ».

*La production devrait passer de 21 à 186 TWh, sachant que 84 % de la demande serait absorbé par la logistique (qui consommerait plus que les secteurs de l’acier et de la chimie réunis)

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à propos de l'auteur

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Laurent Meillaud

Journaliste automobile depuis plus de 30 ans, suivant les évolutions technologiques, je m'intéresse aussi aux énergies alternatives, dont l'hydrogène que je suis depuis 20 ans. J'ai co-écrit un ouvrage à ce sujet en 2007 avec Pierre Beuzit, ancien patron de la R&D chez Renault. J'ai collaboré également à la newsletter de France Hydrogène. Et je suis aussi animateur de conférences et de forums dédiés à ce thème.

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