
Dans le cadre d’un échange avec les médias, le fondateur et PDG de Lhyfe, Matthieu Guesné a fait le point sur le marché de l’hydrogène et sur la stratégie de l’entreprise. Il a souligné le rôle de la réglementation, qui permet de d’amorcer la pompe et de donner de la visibilité aux investisseurs.
Où va Lhyfe, le pionnier de l’hydrogène vert ? Nous avons eu des éléments de réponse, ce matin. Mais avant d’y venir, Matthieu Guesné a tenu à faire un panorama des applications de l’hydrogène. Il a cité les marchés cibles tels que l’industrie (avec les raffineries et possiblement la chimie, les engrais ou l’acier) et la mobilité. A ce propos, on a appris que l’Allemagne était un modèle à suivre.
Outre-Rhin, il y a déjà 600 bus à hydrogène en circulation. Il y a aussi un réseau de stations (H2 Mobility avec 90 stations en Allemagne et en Autriche) et un réseau de 9 000 km de transport d’hydrogène qui va mobiliser 20 milliards d’investissements d’ici 2032. Mais surtout, nos voisins allemands ont inscrit dans la loi un système de quota pour les carburants d’origine non biologique (RFNBO) qui oblige les pétroliers à vendre de l’hydrogène, en plus des carburants fossiles. Le seuil sera de 1,5 % en 2030 et de 10 % en 2040. « Grâce à ce système, pas moins de 22 acteurs vont pouvoir proposer de l’hydrogène vert », se félicite le PDG de Lhyfe.
En France, il y a certes l’IRICC (Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone des Carburants), qui doit entrer en 2026. Mais Matthieu Guesné se désole que ce mécanisme ne soit pas inscrit dans une loi comme en Allemagne, car l’instabilité politique peut nuire à la filière.
Un stop and go nuisible pour les entreprises
C’est d’ailleurs ce « stop and go réglementaire » qui explique les difficultés actuelles. Des pays ont promis de décarboner et ils n’ont pas tenu leurs objectifs. C’est pour cela que Lhyfe a décidé d’arrêter certains projets comme au Danemark et en Finlande. L’entreprise se recentre sur la France (où la capacité de production va augmenter de 70 % cette année), l’Allemange et les Pays-Bas. « Dès que vous que avez un peu de clarté réglementaire, ça va tout de suite mieux », témoigne Matthieu Guesné, qui compte désormais passer du rôle de pionnier qui prend des risques à celui de « suiveur » qui va s’incrire dans un environnement plus stable.
Et la concurrence ? « En France, on va être bientôt trois à proposer de l’hydrogène vert avec l’arrivée de Qair au Sud et d’Air Liquide en Normandie (avec son électrolyseur de 200 MW). Lhyfe va arriver en 2030 à son objectif cible de 100 MW avec 4 ans de retard sur le calendrier initial. Il aura fallu 8 ans pour faire aboutir le projet Green Horizon au Havre. Dans certains pays, comme en Angleterre, il faut moitié moins de temps pour des projets, notamment dans l’éolien off shore.
Bref, Lhyfe est toujours volontariste sur l’hydrogène. Mais on a senti un Matthieu Guesné amer en raison des fréquents changements de cap dans la sphère politique. Et accessoirement, il a aussi parlé de la Chine, qui va sans doute rééditer en Europe avec les électrolyseurs et la pile à combustible ce qu’elle a fait dans les batteries, grâce à un accompagnement plus cohérent de l’Etat chinous pour amorcer les marchés.